Dark Medieval Fest 2026 : Entre l'acier et la foudre électrique, la légende s'écrit à Lamure !

Lugh ✘ Sorcières ✘ Odraedir ✘ Frozen Shield ✘ Aexylium ✘ Darkenhöld ✘ Gernotshagen
C’est Xylia, votre serviteuse de choc pour Yog Sothoth Photography. Ce samedi 2 mai 2026, j’ai délaissé mes cryptes habituelles pour aller traîner mes guêtres du côté de la Salle Pluraliste de Lamure-sur-Azergues (69). Pour sa 6ème édition (le bébé grandit bien depuis sa naissance en 2019 grâce à la team de Golden Stone Events), le festival a tout simplement explosé son record d'affluence historique en réunissant 280 festivaliers bien décidés à en découdre. Un vrai pari de programmation à l'heure actuelle, mais putain, quel pied ! Sous un ciel grisâtre typique du printemps lyonnais, alternant fraîcheur humide et lourdeur moite sous les armures de cuir, le marché médiéval en accès libre a envoyé du rêve : 30 artisans sur le pont, la forge qui hurle, de la calligraphie, des combats d'escrime médiévale. Mais trêve de bavardages de taverne, la bière est fraîche, les bouchons d'oreilles sont vissés, et le matos photo est paré à shooter la guerre. En route pour le carnage !
Lugh : quand les légendes celtes fracassent les amplis
Il est à peine 13h30. Autant te dire que pour le métalleux moyen, c'est l'équivalent de l'aube. Ce sont les voisins de Lugh, tout droit débarqués de Lyon, qui ramassent la lourde tâche d’essuyer les plâtres devant les premiers rangs encore un peu engourdis. Le quintet (chant, deux guitares, basse, batterie) pratique un "Métal Théâtral" très couillu. En gros : du métal avant-gardiste et hautement progressif, chanté intégralement en français et en voix claire pour qu'on pige chaque ligne de leurs fables sombres.Pas de chichis ni de blabla interminables entre les morceaux pour meubler : le frontman Lambert harangue la foule comme s'il invoquait les anciens esprits de Brocéliande sous amphétamines, transformant la scène en un autel païen où les runes antiques se fracassent contre des amplis poussés dans le rouge. Après s'être fait remarquer avec leur premier opus conceptuel Les Loges De La Folie (qui explorait les méandres de la démence), le combo lyonnais est venu nous déballer les tripes de son deuxième opus discographique, Légendes, paru l’année dernière. Ils nous plonge ici en plein cœur des récits et légendes bretonnes. L'album est pensé comme un recueil de contes traditionnels revisités à la sauce métal. Visuellement, c’est une immersion totale. Les riffs de guitare sont alambiqués, la section rythmique pilonne avec une précision chirurgicale. Une entrée en matière hautement originale qui pose les bases d'une journée mémorable.
Sorcières : La Tempête Noire des Forêts du Nord
On change radicalement de crèmerie avec les Nordistes de Sorcières. Les mecs sont chauds comme la braise : ils viennent tout juste de lâcher leur deuxième opus, La Nuit des Temps, sorti fin avril 2026 chez L'Ordalie Noire. En interview il y a quelques semaines, le groupe ne cachait pas ses ambitions : proposer un Black/Folk Métal poisseux, ultra-sombre, à des années-lumière des flonflons joyeux et festifs des tavernes traditionnelles.Et bordel, quelle baffe ! C’est une véritable tempête de neige carbonisée qui s'abat sur la Salle Pluraliste. Le chant death/black en français de Pierre-Alain est d'une haine viscérale, tandis que le violon n'est pas là pour vous faire danser la gigue, mais pour lacérer l'air sur des vagues de blasts frénétiques inspirées par Moonsorrow. Le frontman, le regard totalement possédé, harangue les festivaliers avec une énergie sauvage. La fosse se réveille d'un coup, les premiers rangs s'entrechoquent et les cheveux volent dans tous les sens. Une prestation brute, sans concession et d'une efficacité redoutable.
Odraedir : Le Commando Cyber-Pagan survit à l'Apocalypse Électrique
C'est le gros morceau "historique" de ce festival. Les Tchèques d’Odraedir débarquent de Prague pour envoyer leur Pagan Death Metal. Sauf qu’ Odin en a décidé autrement : le groupe se pointe sur scène amputé de sa section rythmique. Pas de batteur, pas de bassiste. Un genou à terre ? Jamais. Les bougres décident de jouer coûte que coûte en balançant la basse et la batterie sur bandes (backing tracks). On se retrouve avec un dispositif inédit : le frontman entouré de ses deux guitaristes. Les deux six-cordes font bloc et balancent des riffs slaves d'une précision chirurgicale pour combler le vide visuel, multipliant les headbangs synchronisés. Et comme si le défi n'était pas assez grand, la malédiction frappe encore : panne électrique en plein milieu du set. Plus d'amplis, plus de lights, le silence complet. L'orga s'arrache les cheveux à la régie tandis que le groupe reste planté dans le noir. Quand le courant revient enfin après de longues minutes, le groupe relance la machine avec une rage décuplée. Le moshpit explose littéralement, le chanteur growle avec les tripes et les deux gratteux scient les têtes. Un immense moment de communion et de résilience rock'n'roll.
Frozen Shield : L'Hiver Catalan Brûle les Planches du Lyonnais
Venu tout droit de Barcelone, Frozen Shield ramène ses partitions de "Symphonic Viking-Metal". Malgré la sueur ambiante et la moiteur de la salle, les Espagnols soufflent un vent de blizzard épique sur le festival. Armés des morceaux de leur album Ínia (2021), ils déploient des orchestrations massives appuyées par des chœurs grandioses qui filent des frissons partout. C’est épique, c’est lourd, digne des grandes heures d'Ensiferum. Sur scène, les mecs vivent le truc à 200 %, arborant peintures de guerre et gilets de cuir. Le contraste entre l'agressivité des guitares et la grandiloquence des structures symphoniques fonctionne à merveille. Le frontman est un monstre de charisme qui sait comment manipuler une foule d'un simple geste du bras. Les refrains ultra-fédérateurs transforment la salle en une seule et unique voix. Un set impérial.
Aexylium : La Tarentelle du Moshpit en Roue Libre
On enchaîne avec la tornade italienne d'Aexylium. Eux ne font pas dans la dentelle mélancolique : c'est du Folk Métal moderne, festif et hautement énergique. Le groupe tourne d'arrache-pied pour défendre son album Myth Of Mankind (sorti chez Rockshots Records), disque qui s’est exporté jusqu’au Japon, et ils viennent tout juste de sortir le clip de "Eclissi", leur premier morceau intégralement écrit en italien.
Sur scène, c'est l'anarchie joyeuse. Contrairement à leurs prédécesseurs, tous les instruments traditionnels (flûte, violon) sont joués en direct et se taillent une place royale dans le mix. Le chanteur est monté sur ressorts, cavale de gauche à droite et finit par exiger un Wall of Death monumental de la part des festivaliers. La Salle Pluraliste s’exécute instantanément dans un joyeux foutoir de poussière et de sueur. C’est frais, c’est ultra-rythmé, et ça fait un bien fou par où ça passe.
Darkenhöld : La Messe Noire des Ruines Médiévales
La nuit est désormais tombée sur Lamure, l'ambiance parfaite pour accueillir Darkenhöld, les gardiens du temple du Medieval Black Metal français. Porté par l'univers organique du guitariste et compositeur Aldébaran (qui puise son inspiration lors de ses randonnées dans les forêts ancestrales et les ruines), le combo est venu nous administrer une leçon d'histoire occulte en puisant notamment dans leur chef-d'œuvre Le Fléau du Rocher (Les Acteurs de l'Ombre).
Dès les premières notes les lights virent au bleu glacial et au blanc tranchant. Le jeu de guitare d'Aldébaran distille des vagues de mélodies épiques et nostalgiques d'une pureté rare, tandis que le hurleur Cervantes crache ses textes sombres d'une voix criarde et ultra-articulée, mimant chaque strophe comme s'il invoquait la wyverne en personne. Le public est littéralement subjugué, figé dans une transe hypnotique devant cette démonstration de noblesse médiévale brute. Un set grandiose, hors du temps et impérial.
L'embrasement avant la tempête
Entre deux assauts sonores, alors que la nuit avait totalement repris ses droits sur Lamure, le public a été invité à braver le froid extérieur pour une parenthèse fascinante. Dans l'obscurité, le silence de la salle a laissé place au vrombissement des torches et au craquement des flammes. Une jongleuse, véritable dompteuse d'étincelles, a investi le parvis pour un show pyrotechnique hypnotique. Entre les colonnes de feu dans le ciel noir et les trajectoires lumineuses dessinées par ses poï, cette danse élémentaire a offert une respiration visuelle intense, réchauffant les cœurs autant que l'air ambiant avant que ne retentissent les dernières salves musicales de la soirée.
Gernotshagen : La Marche des Derniers Grognards Teutons
Nous y voilà, le clou du spectacle... ou plutôt le test d'endurance ultime. Suite aux diverses couilles techniques de l'après-midi (merci la panne d'électricité d'Odraedir), le changement de plateau final traîne en longueur et l’attente devient interminable. Entre la fatigue accumulée, les litres d'hydromel qui pèsent sur les estomacs et le froid de canard qui s'est installé à l'extérieur, le couperet tombe : la salle s'est vidée à moitié lorsque la tête d’affiche du festival, les Allemands de Gernotshagen, entre enfin en scène.
Mais pour les acharnés restés au front, la récompense est dantesque. Vingt-cinq ans de carrière au compteur et pas une ride sur la cotte de mailles pour ces pionniers du Pagan Black teuton, venus en France pour une de leurs très rares dates exclusives de 2026. Le groupe déploie d'emblée un mur du son pachydermique. Porté par des nappes de claviers atmosphériques grandioses et les hymnes de l'indéboulonnable Ode Naturae, le combo écrase tout sur son passage. Le chant, oscillant entre growls abyssaux et envolées solennelles, terrasse les survivants. On jette nos dernières forces dans un headbanging furieux sous les lights stroboscopiques qui découpent la fumée. Une conclusion d'une noirceur et d'une puissance totale qui justifiait amplement de rater son début de nuit.
Bilan de guerre : quand le métal forge sa légende
Ce cru 2026 du Dark Medieval Fest aura été un véritable parcours du combattant, mais c'est aussi ce genre de galères et de triomphes qui forge la légende de la scène underground. Entre le théâtre tragique de Lugh, l'héroïsme en mode "cyber-pagan" d'Odraedir et la démolition finale d'un Gernotshagen qui a récompensé les plus patients, nous avons vécu bien plus qu'un simple concert : une véritable épopée. Si les pannes et les aléas ont mis nos nerfs à rude épreuve, ils n'ont fait que renforcer la cohésion entre les artistes et un public soudé par la sueur et la passion. Un immense big up à Golden Stone Events, aux sonorisateurs d'EGB Sono et NM Prestation qui ont bossé comme des damnés, et à toute la clique de bénévoles qui a tenu la baraque au bar et à la sécu. Malgré les tempêtes techniques, la flamme ne s'est jamais éteinte. Je m'enfile une dernière lichette d'hypocras, je range mon matos, et on se donne déjà rendez-vous l'année prochaine pour une 7ème édition qui, je le parie, sera encore plus épique.
Stay Metal, Stay Médiéval.
Xylia pour Yog Sothoth Photography !








































































































































































































